DICTIONNAIRE DES AUTEURS DU CAF’ CONC’

 

 

Cette page présente quelques uns des auteurs qui ont alimenté, même occasionnellement, les cafés-concerts parisiens durant la Belle Époque. À une époque où de nouveaux cafés-concerts apparaissaient régulièrement, et où les programmes étaient parfois renouvelés chaque semaine, la demande en pièces nouvelles était importante. Le phénomène était identique pour les petites salles de théâtre. Des dizaines, voire des centaines de personnes sont alors devenues auteurs dramatiques.

Les auteurs, s'ils fréquentaient presque tous le monde du spectacle, venaient pourtant d'horizons bien différents: on y voit aussi bien des chansonniers que des journalistes, des chanteurs de caf’ conc’ que des acteurs venus de la Comédie-Française. Certains faisaient profession d'amuser le public, d'autres étaient — ou sont devenus par la suite — des personnes tout à fait sérieuses et respectables.

Certains étaient très connus à l'époque, alors que d'autres étaient — et resteront à jamais — de parfaits inconnus. Les uns se sont spécialisés dans le genre et ont été extrêmement prolixes, avec des centaines de pièces à leur actif, d'autres ne l'ont fait qu'en dilettante et n'ont écrit qu'une ou deux pièces.

Les collaborations étaient fréquentes. Les pièces étaient très souvent écrites à deux, voire à trois ou quatre. Certains collaborateurs sont d'ailleurs restés fidèles l'un à l'autre pendant des décennies.

Les auteurs cités ici sont issus d'un choix partial. Sans avoir la prétention d'être représentatif, ce choix essaie simplement d'apporter un éclairage sur la diversité de leurs origines.

 

Albert-Lambert

Albert-Lambert (Albert Raphaël Lambert, 1865-1941)
Né à Rouen. Cet acteur, entré à la Comédie-Française en 1885, aurait pu se contenter de jouer les premiers rôles des grandes tragédies et pièces romantiques du répertoire. Mais il s'est aussi diverti en écrivant quelques pièces pour le café-concert, notamment des vaudevilles en collaboration avec B. Lebreton (Un Monsieur bien réglé, Ma femme a toujours raison !, Un Huissier en bombe,…).

Louis Battaille (1840-1896)
Né à Paris. D'abord directeur de salles de théâtre, il avait notamment exploité le Concert Européen avec Byrec dans les années 1870. Il y avait malheureusement laissé toutes ses économies. À partir de 1885, il est devenu le principal pourvoyeur de pièces et revues de la Scala, souvent en collaboration avec Sermet. Malgré une santé défaillante, il aimait tenir lui-même le rôle de compère dans ses revues, ce qu'il faisait avec un certain talent.
Son fils Battaille-Henri a lui aussi été revuiste dans les années 1910.

Georges Briquet
À notre connaissance, il n'est l'auteur que d'un bref mais amusant vaudeville joué à la Scala en 1905. La dédicace et le rôle principal attribués à Polin lui valent cependant une place ici. Tout renseignement sur cet auteur sera bienvenu!

Hugues DelormeHugues Delorme (Georges François-Thiébost, 1868-1942)
Né à Avize, dans la Marne. D'abord journaliste, il a longtemps vécu à Rouen avant de venir s'établir à Paris. À partir de 1896, il fréquenta les cabarets de Montmartre et devint alors à la fois poète, humoriste, auteur dramatique et acteur. Par la suite, il écrivit de nombreuses saynètes, pièces en un acte, revues, ainsi que quelques comédies et romans. Sa production était aussi bien destinée aux théâtres de quartier qu'aux cafés-concerts (Le Coup de minuit,…).
De son vivant, il était surtout connu pour sa poésie. Poète classique – il affectait l'octosyllabe – il écrivait chaque années plusieurs milliers de vers pour différents périodiques ou pour des opérettes, mais n'a presque rien recueilli en volumes.

Georges Dorfeuil (Georges Corrard, 1848-1904)
Né à Troyes. Fils de notaire, ayant fait des études de droit puis trouvé un emploi de commis à la Préfecture, il choisit de consacrer sa vie au théâtre. Directeur entre autres de la Gaîté-Montparnasse et du Concert Parisien, il fournissait très régulièrement ses salles en revues (Y grimpons-nous ?, Oh! là! là! quelle lessive,…) et a écrit quelques comédies et opérettes en un acte, toujours pour le café-concert (Les Tziganes de Longjumeau, La crise de Madame,…).

Dranem

Dranem (Armand Ménard, 1869-1935)
Auteur dramatique. Dranem ? Auteur ? Le Dranem des P’tits pois ? Mais oui, même si l'Histoire n'en a rien retenu, il est aussi l'auteur d'une poignée de vaudevilles écrits entre 1906 et 1913 (Rosalinde a des principes, Monsieur Truche roi des policiers,…).

DurafourÉmile Durafour (Louis Durafour, 1832-1893)
Carrière bien remplie pour cet artiste infatigable. Enfant, il faisait le clown et l'écuyer dans le cirque dirigé par son père. À vingt ans, il débuta au théâtre à Lyon où il devint acteur, chanteur, auteur ou régisseur selon le besoin. Il devint à cette époque connu surtout comme chansonnier. Il écrira par la suite plus de deux cents chansons.
Ses débuts parisiens eurent lieu en 1860 avec une pièce, André le Saltimbanque, qui lui valut autant de succès comme auteur que comme acrobate. Quelques années plus tard, il fondait avec son père le théâtre de la Villette, futures Folies-Parisiennes, qu'il quitta pour chanter dans différents concerts de Paris et de province. Là encore, il trouva à s'employer comme régisseur.
Bon vivant, il aimait aussi fréquenter des sociétés chantantes aux noms évocateurs, comme le Bon Bock ou les Va-de-bon-cœur.
Enfin, en 1872, il entra comme chanteur («genre Arnaud») à la Pépinière, avant d'en devenir à la fois le régisseur et l'auteur attitré. Pendant plus de vingt ans, ce concert se trouva donc alimenté par ses soins en revues et vaudevilles aux titres éloquents: Fifine et Nonore, Bamboula, Un Pantalon pour deux, Les Farces de Toto,…

Charles Esquier (1871-1931).
Né à Alger. Fils d'un couple d'acteurs, lui-même entré à la Comédie-Française en 1894, il est l'auteur de poèmes puis de quelques romans et pièces de théâtre, sans s'être fixé sur un genre précis. On lui doit aussi bien des opérettes pour le café-concert (Mam’zelle Chichi, Le Petit Frère de Coquenard,…) que des drames ou des pièces pour le Grand Guignol.

Francis Gally

Francis Gally (Francis Mazières, 1863-1918)
Né à Tarbes. Ayant commencé sa carrière comme comédien, il préféra se tourner vers l'écriture. Il est l'auteur d'une cinquantaine de vaudevilles ou opérettes, souvent en collaboration avec son ami Hugues Delorme. Parmi ses succès, il faut citer Le Coup de minuit, Cartouche et Mes oncles s'amusent.
Il a également été secrétaire du Théâtre Apollo.

Gardel-Hervé (Emmanuel Ronger, 1847-1926)
Il n'était rien moins que le fils de Hervé, le créateur de l'opéra-bouffe. Il débuta au théâtre très jeune: à 14 ans, il était premier violon aux Délassements Comiques, dans l'orchestre dirigé par son père. En 1867, il était engagé comme acteur aux Variétés, puis est passé dans différents théâtres. Il est par la suite devenu auteur, écrivant de nombreuses pièces et revues pour le café-concert (Le Fusilier Larifla, L'Ordonnance du colon,…).
Il passait pour être un des auteurs préférés de Dranem. Il a également été administrateur de plusieurs salles, dont l'Eldorado et la Gaîté-Lyrique.

Jean Gascogne (Emmanuel Ratoin, 1862-1904)
Né à Agen. Avocat au barreau de Paris, il a collaboré à différents journaux, écrit des monologues et quelques pièces de théâtre dans les années 1880-90, publié des nouvelles humoristiques aussi bien que des études agronomiques. Ses deux pièces Corignan contre Corignan et Le Sursis ont eu un succès durable. Comme avocat, il s'était notamment attaché à défendre le droit des auteurs français à l'étranger.
S'il n'est donc pas à proprement parler un auteur de café-concert, il mérite néanmoins sa place ici pour avoir écrit Le Tatoué.

Henri de Gorsse

Henri de Gorsse (Henry Joseph Auguste de Gorsse, 1868-1936)
Né à Bagnères-de-Luchon, en Haute-Garonne. Ami d'enfance d'Edmond Rostand, il est l'auteur de pièces en un acte et surtout de nombreuses revues. La plupart des grands cafés-concerts ont un jour ou l'autre donné une de ses revues. Ses principaux collaborateurs ont été Oudot et Nanteuil.

Victor Gréhon (Louis-Victor Hongre, 1857-?)
Né à Paris. Avocat, docteur en droit, il est l'auteur de nombreuses pièces en un acte dans les années 1890, la plupart en collaboration avec Marc Sonal.

Maxime Guy (Henry Mallet, 1858-1902)
Né à Paris. Employé à la Préfecture, il avait trouvé le temps d'être rédacteur théâtral dans différents périodiques et secrétaire de plusieurs café-concerts, dont l' Eldorado et l' Éden-Concert. Dans les années 1890, il a régulièrement signé des revues, la plupart en collaboration avec Verneuil et Herbel.

Herbel

Émile Herbel (1863-1922)
Né à Rouen. Fils d'un modeste cordonnier normand, il avait abandonné son métier de manœuvre pour devenir chansonnier. Ayant écrit des centaines de chansons, il devint chroniqueur théatral et auteur dramatique. Il est sutout connu pour être l'auteur de nombreuses revues, notamment en collaboration avec Arthur Verneuil et Maxime Guy.

Hermil (Ange Édouard Hermil, dit Milher, 1834-1898)
Né à Marseille. Il était avant tout, sous le pseudonyme de Milher, un acteur réputé. Après des études de médecine, pour laquelle il ne se sentait aucune vocation, il avait décidé de se tourner vers le théâtre. Il débuta en 1858 à Lyon, puis fut engagé comme acteur comique dans différents théâtres de province. Il monta ensuite à Paris où il resta près de vingt ans au Palais-Royal.
De temps en temps, il écrivait pour les petits théâtres ou les cafés-concerts et signait alors de son vrai nom. Il est l'auteur d'opérettes et de vaudevilles (Gredin de sapeur, Boum ! servez chaud !, La Fièvre phylloxérique,…) ainsi que de nombreuses revues, souvent en collaboration avec Numès.
En 1898, malade, il décida de prendre du repos à Aix-les Bains et y succomba des suites d'une congestion.

Léon Jancey (~1862-1910)
Acteur dans les années 1890, notamment à l'Odéon et au Vaudeville, puis secrétaire général de l'Opéra-Comique, il est aussi l'auteur de plusieurs pièces en un acte. Bien que de qualités inégales, ses “fantaisies militaires” ont eu un certain succès (Exercice de nuit, La petite guerre,…).

Charles Lancelin (1852-1941)
Né à Dreux. Il est surtout connu comme spécialiste des sciences occultes, auteur de nombreux ouvrages sur la question, à caractère soit historique (Histoire mythique de Shatan, La Sorcellerie des campagnes,…), soit expérimental (Mes cinq dernières vies antérieures, Méthode de dédoublement personnel,…). Ces livres sont encore édités de nos jours. Mais, dans les années 1890, il avait d'abord écrit un drame en cinq actes (Les Cambrioleurs) et quelques pièces en un acte (1010, La Reine des Elfes,…), la plupart en collaboration avec Émile Max.

Benjamin Lebreton (1846-1925)
Né à Nantes. Auteur d'innombrables pièces en un acte, il est l'un des grands auteurs du café-concert des années 1890-1910. Il avait épousé une chanteuse de café-concert qui, sans être célèbre, était suffisamment bonne diseuse pour se voir comparée à Yvette Guilbert.

Fabrice Lémon (Gabriel Lemoine, 1864-1934)
Né à Paris. Employé au Ministère des Colonies, son statut de fonctionnaire devait lui laisser du temps libre puisqu'il a été auteur de pièces, revuiste et chansonnier, ainsi que secrétaire général des principaux caf’-conc’ parisiens dans les années 1890. On lui doit notamment Boudeuse pour Paulette Darty. Parmi ses collaborateurs, on trouve Xanrof, E. Héros, Léon Garnier, Maurice de Marsan, L. Nunès.

Émile Max (Maxime Émile Maujan, 1856-?)
Né en Haute Saône. Critique dramatique, secrétaire de divers théâtres, il est l'auteur de quelques pièces en un acte dans les années 1890.

Maurice Millot (Émile Bertoux, 1854-1917)
Né à Paris. Journaliste, il est aussi l'auteur de quelques chansons, pièces et surtout revues de cafés-concert dans les années 1880 et 90.

MonrealHector Monréal (Joseph Rieunier, 1839-1910)
Né à Carcassonne. D'abord dessinateur, puis acteur, il a très vite abandonné la scène pour devenir auteur. Son nom est inséparable de celui de son ami Blondeau, avec qui il a fidèlement collaboré pendant quarante ans. Bien qu'auteur d'une cinquantaine de pièces, le duo était surtout connu pour ses revues. Rappelons que c'est de l'une d'elle que provient la célèbre chanson Frou-frou.
De la revue du concert du boulevard du Temple en 1865 à celle de l'Olympia en 1903, ils ont régulièrement fourni aussi bien les cafés-concerts que les petits théâtres.
Monréal était également chansonnier et a publié quelques dessins humoristiques dans divers journaux.
Il est décédé dans les bras de Blondeau, et a été inhumé dans le caveau que les deux amis s'étaient fait construire.

Henry Moreau (1864-1936)
Né à Paris. Il n'avait pas vingt ans que déjà il écrivait pour le café-concert. Très prolifique, il a écrit un millier de chansons, des monologues, plus de 150 pièces et donnait plusieurs revues par an aux principaux cafés-concerts. Parmi ses collaborateurs, on trouve notamment B. Lebreton, Marc Sonal, Quinel et Verdellet.
Il a aussi dirigé le Ba-Ta-Clan pendant deux ans, il a collaboré à plusieurs journaux et en a dirigé certains. Il a été président de la SACEM à partir de 1922.

NanteuilGeorges Nanteuil (Georges Lebœuf-Nanteuil, 1870-1918)
Né à Paris. Issu d'une famille de peintres et sculpteurs renommés, il avait choisi de se tourner vers la littérature et débuta en publiant quelques nouvelles dans les périodiques. C'est lorsqu'il devint secrétaire de la Scala et des Folies-Bergère qu'il trouva sa voie, la revue. Au tournant du siècle, sa rencontre avec Henry de Gorsse fut décisive et entraîna une collaboration - et une amitié - qui devait durer plus de dix ans. Les revues du tandem (Paris sans fil, Qui trop ambass…, Rosse tant… et plus,…) assuraient le succès à tous les grands cafés-concerts.
À partir de 1913, le déclin de sa santé puis la guerre interrompirent cette fructueuse collaboration.

Numès (Armand-Juda Nunès, 1857-1933).
Né à Paris. Acteur, ancien élève du Conservatoire, il débuta au théâtre en 1872 et a ensuite eu des engagements dans de nombreuses salles parisiennes. Vers 1880, sans délaisser son métier d'acteur, il commença à collaborer avec Hermil pour écrire des opérettes en un acte et surtout alimenter les cafés-concerts en revues.
Il a aussi tourné dans plusieurs films à partir de 1910.

Léon Nunès (1855-1911).
Né à Paris, frère du précédent. D'abord journaliste puis rédacteur théâtral dans différents périodiques, il a été directeur de plusieurs salles, comme le Concert Européen et la Cigale. Il est l'auteur de nombreuses revues dans les années 1890-1900, seul ou en collaboration.

Louis PéricaudLouis Péricaud (1835-1909)
Né à la Rochelle. Dramaturge, comédien, metteur en scène, chansonnier, collectionneur et historien du théâtre. Ayant préparé Saint-Cyr, il y renonça pour devenir acteur. Il a joué dans de nombreuses salles, d'abord en province, puis à Paris, notamment au Vaudeville et à la Porte-Saint-Martin. Sans avoir jamais cessé de jouer, il est aussi l'auteur de cinq cents chansons et de plus de soixante-dix pièces, principalement des opérettes en un acte et des revues de café-concert. Ses principaux collaborateurs ont été Delormel et Villemer.
Il a aussi écrit quelques drames en cinq actes (Jack l'éventreur, L' Hôtellerie sanglante) et a apporté une contribution remarquée à l'histoire du théâtre.

Julien Sermet

Julien Sermet (1855-1906)
Né à Nice. Après un bref passage au Conservatoire, il préfèra se tourner vers le journalisme, rédigeant des chroniques d'actualité et des critiques d'art dans différents périodiques. Proche de Clémenceau, il collabora notamment à La Justice. Tout en exerçant son métier de journaliste, il s'est essayé à la poésie, au roman et au vaudeville, et surtout écrivit avec son complice Battaille des revues de fin d'année très en vogue à Paris à la fin du siècle.
Il a aussi été inspecteur des théâtres (c'est-à-dire censeur) dans les années 1890, fonction qu'il sut concilier avec son passé de revuiste.

 

 

 

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