précédent suivant

LES DÉBUTS AU CAF’ CONC’ (1886-1892)

 

 

 

Il n'est pas facile de retracer en détails les premières années de Polin. En effet, il faut attendre la (relative) notoriété qu'il acquiert à l’ Éden-Concert pour que la presse s'intéresse à lui.

Ses débuts ont eu lieu au Concert de la Pépinière le 4 septembre 1886. Il y a été engagé pour un mois, aux appointements de 180 francs, pour remplacer Reschal. Certains ont été jusqu'à prétendre qu'il en avait été mis à la porte au bout de quinze jours, au motif qu'il n'obtenait aucun succès et n'avait aucun talent. En ce qui nous concerne, nous nous refusons à préter foi à cela.

Il y était entré pour chanter, bien sûr, mais il y a aussi joué dans une petite opérette créée dix ans auparavant, Un drame dans l'arrière-boutique. Une pièce où il est surtout question de promesse de mariage, de quiproquo… et de coliques! Pour son tout premier rôle, Polin joue le père cherchant à marier sa fille, un herboriste qui émaille chacune de ses phrases de latin de cuisine.

 

On trouve ensuite la trace de Polin au Concert-Parisien (le futur Concert Mayol), mais nous ne possèdons aucun détail sur cette période.

 

Enfin, il a passé les trois mois de l'été 1887 au Concert des Bateaux-Omnibus. Ce concert, qui n'ouvrait que pour la saison dété, devait son nom à sa situation, quai d’ Auteuil, près du terminus des bateaux.
Là, Polin puisait dans le répertoire des chanteurs comiques de l'époque. Il reprenait donc les chansons de pochard de Bourgès, les paysanneries de Sulbac et les jeux de mots approximatifs d'Ouvrard.
Il jouait aussi dans les pièces, qui ne restaient à l'affiche que le temps de quelques représentations. Il s'agissait pour la plupart de vaudevilles créés dans les années 1850 à 1880.

 

Fin août 1887, il passe une audition à l’ Éden-Concert, où il est très bien reçu par le public. Trois semaines plus tard, il y entame une carrière qui durera cinq ans et qui le conduira progressivement à un très grand succès.

On raconte qu'il y était entré pour faire le «lever de rideau», c'est-à-dire qu'il chantait le premier, au moment de l'ouverture des portes, alors que les musiciens disposaient leurs pupitres, que le public remuait les chaises et que les marchands de programme criaient. Polin chantait dans le tumulte et nul ne l'entendait. Mais un soir, il se proposa pour remplacer au pied levé un artiste absent. Ce fut un triomphe, une révélation. Le lendemain, il reparut, sous les acclamations de la foule. Polin était lancé.

Il n'était pas encore connu du grand public. Mais ceux qui fréquentait l’ Éden-Concert ont tout de suite reconnu en lui un acteur et un comique remarquablement doué. Francisque Sarcey lui-même, dans sa chronique du Temps, signale à l'attention de ses lecteurs «un certain Polin, qui dit d’une voix très nette et qui a beaucoup de naïveté et de verve».

 

Scies, monologues, paysanneries, chansons militaires, grivoiseries,… son répertoire n'était pas encore fixé sur un genre précis. Mais déjà la plupart de ses chansons appartenaient à la veine comique, et jouaient sur la naïveté du personnage.
De la centaine de chansons qu'il a chantées au fil de ces années, un bon nombre provenaient encore du répertoire de ses aînés, des artistes tels que Bourgès, Sulbac ou Clovis. Mais il y eut aussi bon nombre de créations.

Quelques titres choisis au hasard ? citons Je suis de Pézenas, L'Apollon du sesque de rebut, Le picton du Bas-Meudon, Athanase Citrouilleau, Un pochard qui suit les femmes, Ballade sur la tour Eiffel, J'ons vu l'Exposition, Deux fois un deux et Bon enfant n'est pas veinard, cela nous donnera peut-être une idée suffisante de la nature de ces chansons…
C'est au fil de ces années passées à l’ Éden-Concert que Polin a fini par se spécialiser dans le genre troupier, avec son personnage naïf et bon enfant, qu'il n'abandonnera jamais.

Comme le reste de la troupe, il jouait aussi dans de nombreux vaudevilles et opérettes, ainsi que dans les revues de fin d'année.

 

En mai 1892, Polin quitte l’ Éden pour passer à l’ Alcazar d’Été, puis aux Ambassadeurs. En octobre, il s'essaie avec succès au théâtre, puis revient au caf' conc' pour y devenir le grand favori du public. Il obtient enfin la célébrité qu'il mérite.

 

 

 

© 2005-2012 - JFC