Salomon
En mai 1906, Paul Salomon, ingénieur et musicien, fonde une société anonyme qu'il nomme Association Phonique des Grands Artistes, APGA en abrégé. Cette société aura pour objet «la mise en rapport et l'exploitation de l'enregistrement phonique des sons émis par les artistes adhérents à l'Association», en clair il s'agit de vendre des disques.

L'originalité du projet réside dans la relation avec les artistes. Ceux-ci réservent le monopole de leur production à l'APGA. En contrepartie, bien que n'étant pas actionnaires, ils recoivent une partie des bénéfices sur la vente de leurs chansons (ce qui est une nouveauté à l'époque).

Grâce à ses relations dans le milieu artistique, Salomon parvient à convaincre dix artistes notoires de s'associer à son projet. Parmi eux, cinq viennent de l'Opéra, un de la Gaité-Lyrique, et quatre du café-concert: ce sont Polin, Dranem, Mayol et Bergeret.
Ces dix artistes fondateurs gèreront la répartition des bénéfices; ils auront aussi un droit de regard sur la marche de la société.

Les premiers contrats, dont celui de Polin, sont signés fin mai. Quelques mois plus tard, les premiers disques sortent des ateliers de l'APGA: le premier titre du catalogue n'est autre que Petite Tonkinoise.
En fin d'année, c'est une longue tournée de Polin en province qui est choisie comme support pour une vaste campagne publicitaire.

Dans l'année qui suit, quelques dizaines d'artistes rejoignent l'Association et le catalogue s'étoffe. Mais, malgré ses atouts, l'entreprise ne survivra pas longtemps.

En effet, quatre ans plus tard, la situation se dégrade. En 1907, Salomon avait fondé une autre société, la Compagnie Internationale Phonique, destinée à exploiter les procédés d'enregistrement qu'il avait conçus. Mais celle-ci n'est pas viable, et lors de sa liquidation en 1909, c'est l'APGA qui reprend actif et dettes.
Ce sont ensuite les banques détenant la majorité du capital de l'APGA qui font faillite. Le conseil d'administration tente alors de les évincer, mais, en juin 1912, un jugement du Tribunal de Commerce condamne l'APGA.

L'Association Phonique des Grands Artistes disparaît peu de temps après (son fonds a été repris par Pathé). Elle laisse un catalogue de plus de mille titres, enregistrés entre 1906 et 1912, dans lequel on trouve de grands noms de l'opéra et du café-concert de l'époque.

 

On trouvera, entre autres, une très utile reconstitution de ce catalogue en allant visiter The Truesound Online Discography Project.

 

 

 

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