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POLIN VU PAR SES CONTEMPORAINS

 

 

Petit florilège, Polin vu par les compositeurs et artistes qui l'ont connu.

 

Ouvrard, le père du comique troupier, en 1894 : «Que dire de Polin, de l'irrésistible Polin ? C'est un comique véritablement comique… (Il y en a tant qui ne le sont pas !)»

 

Paulus, une des vedettes du caf' conc' de la génération précédente, dans ses Mémoires (vers 1907) : «Nul n'a présenté les soldats avec une telle finesse, avec un naturel si joyeux, servi par une voix extrêmement sympathique.»

 

Mayol, une autre gloire du caf' conc' de l'époque, dans ses Mémoires (1929) : «Son immense talent, si humain et si fin à la fois, se passait aisément de tous autres artifices et, même dépouillé de son cocasse uniforme de "tourlourou" naïf, même en habit noir, Polin ne perdait rien de sa spirituelle et charmante nature… Son génie comique se suffisait amplement, et lui valait toujours un égal succès.»

 

Yvette Guilbert, lui rendant hommage après son décès : «Ta bonhomie, la santé de ton rire, la cocasserie naïve et fraîche de ta formule artiste, tout cela laissait transparaître ton naturel exquis, conciliant et paisible, et le public, qui voit plus loin que notre grimace, savait bien qu’il était amusé par un “brave Polin”, bon, et si plein de talent! Il y avait sous ton “masque” quelque chose qui empêchera tous tes imitateurs de jamais t’imiter, ce je ne sais quoi si sympathique qui n’appartenait qu’à toi seul.»

 

Sacha Guitry, dont Polin avait créé deux pièces: «S'il n'avait pas eu une si grande renommée au café-concert, il aurait eu une des plus glorieuses carrières de comédien de notre époque […] Il ne se contentait pas de se faire entendre, il se faisait écouter […] Il était à la fois très drôle et très fin. Et les applaudissements qu'il recevait partaient aussi bien du poulailler que de l'orchestre.»

 

Reynaldo Hahn, compositeur et ami de Proust, au cours d'une conférence donnée en 1914 : «M. Polin n'est pas qu'un diseur. Quand on dit ainsi, c'est qu'on chante bien. Il faut l'avoir entendu dans une de ses chansons mi-bouffonnes, mi-sentimentales, pour savoir tout ce dont est capable le tact, tout ce que peut faire, d'une petite chansonnette sans importance, le goût d'un artiste. Or, chez M. Polin, le rythme est admirable. Quand il chante une de ces chansons durant lesquelles, par sa mimique, son essoufflement volontaire, il donne l'impression d'un régiment en marche, d'une foule de troupiers suant par un jour d'été, dans des vêtements trop lourds et souffrant gaîment les incommodités de leur état, comment ne pas admirer l'impeccabilité de son rythme invariable, impitoyablement cadencé, toujours bondissant, à la fois souple et nerveux, et la façon dont le remarquable artiste loge, case, dans son rythme uniforme et prodigieusement exact, les innombrables petits épisodes de diction qu'il invente?»

 

Vincent Scotto, dans ses Souvenirs (1947) : «C'était un homme exquis, avenant. J'ai gardé de lui un souvenir des plus affectueux. Le public, d'ailleurs, lui-même ne s'y trompait pas […].
Il entrait en scène sans autre accessoire qu'un mouchoir à carreaux s'achappant de sa poche et, tout de suite, commençait à chanter, presque immobile, détaillant avec beaucoup de finesse sa chanson. Personne ne savait comme lui glisser avec légèreté sur le trait scabreux, esquiver le mot trop vif sans cependant laisser perdre une intention, mais aussi sans jamais insister sur un effet. Cet art parfait, tout en nuances, convenait à une voix ni très forte, ni très étendue, mais d'une extrême souplesse. Et Polin, chaque fois, remportait un triomphe. […]
Longtemps, il devait rester, avec Yvette Guilbert, la figure la plus représentative et la plus aimée du café-concert. Ce qui ne l'empêcha d'ailleurs jamais de se montrer avec chacun affable, doux et modeste.
»

 

Fernandel, qui se souvient l'avoir vu à l'âge de sept ans (cité par J.-J. Jelot-Blanc, 1981/91) : «Ma première grande joie d'enfant fut celle que me procura le tour de chant de Polin.» «Ce bon gros à la face ronde, à la bouche presque toujours ouverte, qui chantait en pantalon rouge garance à basane, le képi sur la nuque et tortillant dans sa main d'un air niais un énorme mouchoir à carreaux, je le trouvais superbe, irrésistible de drôlerie. Je ne songeais qu'à l'imiter, je venais d'avoir la révélation de ma nature comique et je n'eus de cesse que mon père m'achetât un costume de tourlourou.»

 

 

Vous trouverez ensuite une petite collection d'hommages extraits des articles nécrologiques parus dans la presse à l'occasion de son décès.

 

 

 

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