BIOGRAPHIE

 

 

- LES PREMIÈRES ANNÉES -

Le 13 août 1863 naît à Paris Pierre Paul Marsalès, le futur Polin. Il est le fils unique d'un employé de bureau à la Direction Générale de l'Enregistrement, du Domaine et du Timbre. Rien dans le milieu familial ne le prédestinait à aborder une carrière artistique.

1872 : sa mère meurt alors qu'il n'a que neuf ans. Son père le met en pension.

1877 : son père le fait admettre à la Manufacture des Gobelins, d'abord à l'école de Dessin, puis à l'école de Tapisserie.

1880 : son père décède. Peu après, il démissionne des Gobelins.
Pris en charge par sa famille qui cherche à lui trouver une situation, il entre chez un cousin bijoutier comme apprenti sertisseur. Mais il abandonne pour enfin se consacrer à sa passion: la chanson. Il aurait même, dit-on, fait un bref passage au Conservatoire (cependant nous n'avons pu en retrouver aucune trace).

1886 marque son entrée dans le monde du café-concert. Le 4 septembre, il débute au Concert de la Pépinière, où il chante un mois, puis passe quelques temps au Concert Parisien.

1887 : il passe les trois mois d'été au Concert des Bateaux-Omnibus. En septembre, il entre à l’ Éden-Concert, où il restera cinq ans. Que ce soit pour ses chansons ou pour ses rôles dans de courtes pièces, il se fait très tôt apprécier comme un comique remarquablement doué. C'est là qu'il trouve sa voie, celle du pioupiou tendre et naïf.

1891 : Francisque Sarcey signale à l'attention de ses lecteurs «un certain Polin, qui dit d’une voix très nette et qui a beaucoup de naïveté et de verve.»

 

- PREMIERS SUCCÈS -

1892 est une année importante dans la carrière de Polin. Tout d'abord, en mai, il quitte l’ Éden-Concert pour entrer à l'Alcazar d'été, puis aux Ambassadeurs, deux cafés-concerts réputés. Ensuite, il fait ses premiers pas au théâtre, avec un rôle dans une pièce de Feydeau qui connaît un énorme succès: Champignol malgré lui.

1893 : Il rompt son contrat avec le théâtre pour revenir au café-concert. Il devient alors le grand favori du moment. En septembre, il débute à la Scala, dont il restera pensionnaire pendant vingt ans.
Dans les années qui suivent, on le voit passer d'une salle à l'autre au fil des engagements, et des saisons, variables selon les salles.

Polin1894 : Voici un bel exemple de ce que peut être l'emploi du temps d'un chanteur tel que Polin. Il est à la Scala jusqu'à fin janvier. En mars-avril, il chante à l'Eldorado. En mai, il passe à l'Alcazar d'Eté. En septembre, il rentre aux Ambassadeurs alors qu'il n'a pas encore quitté l'Alcazar d'Eté («voilà un artiste qui ne se ménage pas! Sept chansons aux Ambassadeurs, histoire de se mettre en voix, puis sept autres pour le moins dans les Véli-vélo de l'année, l'amusante revue de l'Alcazar. Avouez qu'il faut avoir des poumons… et, l'amour du métier» lit-on dans Gil-Blas). Puis il quitte l'Alcazar d'Eté pour passer à la Scala, mais chante encore aux Ambassadeurs! Et en novembre, il revient à l'Eldorado.

Les années suivantes se ressemblent. En mai, il rentre à l'Alcazar d'été ou aux Ambassadeurs, et en septembre à la Scala. En hiver, on le voit régulièrement en province. C'est ainsi que lors d'une de ses tournées à Toulon, un certain Jules Muraire, un adolescent qui voulait suivre la carrière de son compatriote Mayol, décide de commencer sa carrière en adoptant le «genre Polin». Il choisira plus tard le pseudonyme de Raimu.

1898 : Sur la recommandation de Jules Claretie, administrateur de la Comédie-Française, Polin reçoit les palmes académiques. Il motivera cette nomination en particulier par le fait qu'il a «cherché, sous la forme légère de [ses] chansons, à rendre de plus en plus sympathique et populaire notre armée nationale»!
Pour la deuxième fois, on le voit au théâtre, au Palais-Royal cette fois. Il joue dans Chéri!, un vaudeville.

1903 : Il fonde Paris qui Chante, une revue hebdomadaire consacrée au café-concert dont il restera quelques temps rédacteur en chef.

1906 : Il participe à la fondation de l'APGA, une société d'enregistrement qui permet aux artistes de percevoir une partie des bénéfices sur la vente des chansons.
En septembre, il se marie. Si discrètement que, malgré sa célébrité, la presse n'en fera aucun écho. Et part aussitôt pour une longue tournée en province.
C'est aussi l'année de la création de la Petite Tonkinoise.

 

- LE THÉÂTRE -

Polin1907 marque un tournant, puisque, sans abandonner le café-concert, Polin va maintenant se consacrer régulièrement à l'opérette et au théâtre. Il commence sa nouvelle carrière par une opérette, Son Petit Frère, bientôt suivie d'un vaudeville, Panachot gendarme.
Il emménage dans la maison qu'il a fait construire à La Frette sur Seine, tout en conservant un logement à Paris.

1908 : Nouvelle opérette, Cinq Minutes d'amour.
Le 4 avril, pour un soir, Polin est à la Comédie Française. Il joue dans Ma Générale, créée à l'occasion de la représentation de retraite d'un sociétaire. On peut se demander ce qui lui vaut cet honneur, car on l'avait jusqu'à présent très peu vu au théâtre. Quoi qu'il en soit, la critique est unanime pour louer ses qualités d'acteur.
On peut toujours l'applaudir à la Scala ou à l'Alcazar d'été.

1909 : Il joue la comédie au théâtre Michel, dans Les Deux Visages, puis part en province où a lieu la création d'une opérette, le Lieutenant Cupidon.

1910 : Lors d'une tournée de Polin dans le sud de la France, le jeune Fernand Contandin, âgé de 7 ans, a le coup de foudre qui décidera de sa vocation. Il débutera lui aussi avec des chansons de Polin. Il choisira plus tard le pseudonyme de Fernandel.

1911 : On le voit dans ses tours de chant à la Scala, à l'Alcazar d'été et aux Ambassadeurs, et dans deux opérettes, Pâris ou le bon juge et L'Amour libre. En fin d'année, il est à la Comédie Royale avec un rôle dans Le Pavillon. Et, ce qui est nouveau, on le voit au cinéma.

1912 : Il est à nouveau au théâtre Michel, pour La Bonne Maison. Puis il passe à l'opérette dans une reprise du Petit Duc.

1913 : A nouveau une opérette, La Reine s'amuse. En fin d'année il a un rôle de curé dans une comédie, Un jeune homme qui se tue.

1914-1918 : Polin n'est pas mobilisable. Pendant ces quatre années de guerre, il continue donc à monter sur la scène des cafés-concerts, dans des revues ou des opérettes. Il joue aussi dans une douzaine de films, mais sa carrière cinématographique s'arrête dès 1916.
Il figure au programme de nombreux galas au profit des soldats ou des victimes de la guerre. Cela lui donne l'occasion de remonter sur la scène de la Comédie Française, dans une petite comédie de Lavedan.

 

- LES DERNIÈRES ANNÉES -

PolinAprès la guerre, le caf' conc' n'est plus autant en vogue et Polin se consacre surtout au théâtre et à l'opérette. Il n'enregistre plus de disques. Malgré tout, il reparaît de temps en temps au music-hall où il obtient toujours un vif succès.

1919-1920 : Il joue dans trois opérettes, La Folle Escapade, La Belle du Far-West et Titin.

1921 : Il est aux côtés de Sacha Guitry dans Le Grand-Duc, au théâtre Edouard-VII.

1922 : Deux pièces de théâtre.
En décembre, on le voit dans Ton Bec, une revue du Perchoir. La fin du premier acte est un hommage au Polin d'autrefois: il y apparaît entouré des héroïnes de ses chansons, comme Mlle Rose, la grosse Julie, la Tonkinoise ou la Boiteuse.

1923 : Après plusieurs reprises de La Folle Escapade, on le remarque surtout dans une pièce de Sacha Guitry, Le Lion et la poule.

1924 : Bien qu'âgé de plus de soixante ans, Polin chante encore de temps en temps au music-hall, notamment à l'Empire. Et surtout, il joue toujours la comédie. On le voit cette année dans une pièce de Tristan Bernard, Le Danseur inconnu.

1925 : Polin est promu «maréchal des armées de la République de Montmartre» lors d'une fête organisée en son honneur au Moulin de la Galette.
Il a un rôle dans Une femme, puis dans La joie d'aimer : ce seront ses dernières apparitions au théâtre.

1926 : En fin d'année, plus de quarante ans après ses débuts, Polin monte une dernière fois sur scène. Il apparaît dans à vol d'oiseau, une revue de Sacha Guitry au théâtre Edouard-VII.

Le 3 juin 1927, malade du cœur depuis quelques années déjà, il meurt dans sa propriété de La Frette sur Seine (ville qui lui rendra bien discrètement hommage quelques années plus tard).
Les obsèques ont lieu le 8 juin à Paris, en l'église Saint-Louis d'Antin, où amis et admirateurs sont venus en masse lui apporter un dernier hommage. Le char funèbre, qui disparaît sous des gerbes de roses, se dirige ensuite vers le cimetière du Père-Lachaise où il est inhumé dans le caveau familial.

 

 

 

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