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LE GENRE POLIN

 

 

Le «genre Polin», c'était d'abord un uniforme: celui du troupier d'avant la Grande Guerre. C'était ensuite un personnage: Polinle simple soldat dont la simplicité attendrit, dont la naïveté amuse.

Le répertoire du comique troupier repose sur quelques ressorts bien rodés: ce ne sont que quiproquos et malentendus, ordres mal compris et petites blagues entre conscrits. Le genre bascule souvent vers le (légèrement) grivois, avec l'officier que l'on fait cocu, ou l'amourette avec la bonne rencontrée un jour de permission.
PolinD'autres chansons, simplement touchantes, évoquent l'ordinaire du soldat: la nostalgie du pays, les secrets de son cœur ingénu, les plaisirs simples des jours de sorties, les marches épuisantes.

Les auteurs — citons au moins L. Bousquet, E. Rimbault, L. Delormel et P. Briollet — étaient extrêmement prolixes (certains auraient écrit plusieurs milliers de chansons!).

Le « genre Polin » fera de nombreux émules, dont les plus célèbres seront Bach, Dufleuve, Vilbert, et surtout Raimu et Fernandel qui ont tous deux commencé leur carrière en s'y essayant.
Les chansons étaient ainsi reprises par des dizaines d'artistes, plus ou moins célèbres. La moindre chansonnette pouvait ainsi se vanter d'avoir été interprétée par Polin, Bach, Moraize, Malbert, Steinvil, Ripol, Meltor, Luar, Monray, Prézac, La Flanelle, Ducreux, Paullien, Danref, Juguler, Sioul, Polard, Carolus, Guillaume, Dolin…

Il n'était donc pas facile d'être original dans ce métier. Mais, qu'elle soit chantée ou parlée, comique ou non, grivoise ou non, Polin savait dire sa chanson avec tact et finesse. C'est cet art de la nuance, ainsi que sa bonhomie naturelle, qui l'ont porté au sommet du genre.
Peut-être est-ce Adolphe Brisson qui a eu le meilleur mot pour résumer son talent, lorsqu'il écrivait: «Quelques unes des chansons qu'il a rendues populaires sont de petits chefs d'œuvre. Du moins, nous le semble-t-il lorsque c'est lui qui les chante…»

 

Des centaines de titres que Polin a chantés, la majorité est totalement oubliée. Si quelques uns sont restés dans la mémoire collective, ce n'est que parce qu'ils ont été repris par la suite.

Les extraits ci-dessous donneront un premier aperçu du genre. D'autres extraits sont disponibles sur la page consacrée au répertoire de Polin.

 

Parmi les quelques créations de Polin restées célèbres, il faut bien sûr citer la Petite Tonkinoise, qui avait déjà rencontré un énorme succès en 1906, avant d'être immortalisée par Joséphine Baker dans les années 1930.

Citons ensuite Le p'tit objet, aussi connue sous le nom de Ah! Mademoiselle Rose, et La caissière du grand café, qui a survécu grâce à Fernandel (et qui a aussi été chanté par le jeune… Jean Richard!).

Mentionnons également Quand Madelon, que Polin tenta en vain de lancer en 1914, à la suite de Bach, mais qui connut par la suite un tel succès dans les tranchées qu'elle devint la chanson emblématique de la Grande Guerre. Il n'en n'existe malheureusement aucun enregistrement par Polin.

 

Moins connus aujourd'hui, son répertoire comprenait aussi des «monologues comiques» dont voici deux exemples. Ces textes parlés appartiennent à la même veine comique que les chansons. Qu'on en juge: Situation intéressante met en scène un tourlourou naïf qui croit être «enceint», et décrit l'embarras causé par une telle nouvelle. La commission mal faite raconte comment un soldat, parti acheter un lavement pour son officier, le prend lui-même, et ce qui s'ensuit…

À l'écoute de ces textes, on imagine comment Polin, enchaînant les grimaces et les airs pleins de sous-entendus, tortillant son mouchoir, pouvait tant faire rire son public.

 

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