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LE CAF' CONC'

 

 

De ses premiers pas sur la scène de la Pépinière en 1886 à sa dernière apparition dans une revue du théâtre Edouard-VII en 1926, Polin aura voué quarante ans de sa vie au café-concert.

À une époque où les cafés-concerts parisiens se comptaient par centaines, il se produisit dans les plus célèbres d'entre eux. On le vit en particulier à la Scala, aux Ambassadeurs et à l'Alcazar d'été, mais aussi aux Folies-Bergère, à l'Eldorado, à l'Empire, etc.
Il faisait également de longues tournées en province, mais, contrairement à d'autres et malgré sa célébrité, il n'alla que très rarement se produire à l'étranger.

L'artiste qui venait faire son «tour de chant» dans un caf' conc' passait y dire deux ou trois chansons, parfois dans le cadre d'une «revue» qui donnait un fil conducteur au spectacle. Si l'artiste avait du succès, cela pouvait aller jusqu'à une dizaine de chansons.
Polin se plantait alors sur scène, en faisant très peu de gestes. Son seul accessoire était un grand mouchoir à carreaux qu'il utilisait pour se cacher, comme gêné de sa grivoiserie ou de sa naïveté feinte. Ce mouchoir qu'il pliait, dépliait, tortillait sans cesse restera célèbre tout au long de sa carrière.

PolinIl avait une petite voix, ce qui, à une époque où le micro n'existait pas, était gênant. Pourtant, sa diction était si parfaite, son intonation si juste, qu'on ne perdait pas une syllabe de ses chansons.

 

Sans avoir créé le genre — il l'avait emprunté à Ouvrard —, Polin s'était fait une spécialité du comique troupier (on en a longtemps parlé comme du «genre Polin»).

Le personnage qu'il incarnait était le tourlourou ou le pioupiou, comme on disait alors. Sur scène, il était le simple soldat, vêtu de l'uniforme d'avant 1914, large pantalon rouge garance à basanes et veste bleue, le képi de travers, l'air à la fois malin et naïf.
Il chantait, sans jamais le rendre ridicule, les joies simples du troupier qui gagnait un sou par jour, les petits maux de la vie de garnison, les sorties du dimanche, l'amour pour sa payse…

Comme il le disait lui-même: “Mon but est d'égayer le public sans lui enlever le respect de l'uniforme. Je lui montre un soldat un peu bébète, mais non complètement ridicule. Ce soldat est naïf, mais il est finaud; ou, si vous aimez mieux, il est gourde. Ce mot le peint parfaitement. Il faut qu'en le voyant on ait envie de rire, mais qu'on soit secrètement attendri.

Polin 

Sa large face ronde qui respirait la bonhomie, sa malice inoffensive, et le comique de ses attitudes lui ont toujours valu les ovations du public.

La presse n'a jamais manqué d'éloge à son égard. Dès 1893, on lisait des commentaires tels que “le grand favori du moment est le tourlourou Polin. Dès qu'il paraît, le fou rire s'empare du public, et ce n'est qu'après avoir dit une dizaine de chansons qu'il peut sortir de scène” ou encore “Polin, l'irrésistible comique dans les chansonnettes et scènes militaires qui ont placé cet excellent artiste au premier rang des «étoiles» du café-concert.

En 1925, Gustave Fréjaville écrivait encore: “La bonne foi, la radieuse honnêteté de Polin, sa candeur, son air de demander grâce, ses étonnements scandalisés de bon villageois, ses bredouillements opportuns, ses réflexions en aparté sauvent toujours la situation et font sourire quand il faut, sans jamais dépasser la limite de la plus innocente gauloiserie. Les succès persistants et renouvelé d'un artiste aussi discret que Polin devrait servir de leçon et d'exemple.

 

Pour découvrir le personnage qu'avait créé Polin, c'est ici.

Et si vous ne parlez pas français, vous pouvez faire un détour par là.

 

 

 

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